HÉLIOMÈTRE
L'argent public, chiffré.
Enquête

L'État sait-il combien il y a de structures publiques ?

Selon la source que vous consultez, la France compte 431, 88, 500 ou 95 951 structures publiques. Les quatre chiffres sont officiels. Aucune ne coïncide exactement avec une autre.

Par Héliomètre3 novembre 20267 min de lecture
Comment nous avons travaillé. Quatre sources publiques : l'annexe « opérateurs » du projet de loi de finances 2026, le registre SIRENE des personnes morales, la nomenclature INSEE des catégories juridiques, et le décret qui fixe le périmètre de l'Agence des participations de l'État.

Ce que nous avons trouvé

France Télévisions, l'angle mort

France Télévisions emploie entre 5 000 et 10 000 salariés, selon le registre des entreprises. Elle vit d'argent public : une fraction de la TVA lui est affectée depuis 2022.

Où la trouve-t-on ?

Dans aucune des deux premières. Elle n'est pas dans la liste des opérateurs de l'État. Elle n'est pas non plus dans les 95 951 entités publiques du registre : sa catégorie juridique est « société anonyme », comme une entreprise privée.

Elle existe pourtant dans une troisième liste : celle des 88 entreprises dont l'État est actionnaire, fixée par décret.

Trois listes. Une seule réponse. Et ce n'est pas celle qu'on attendrait.

Quatre listes, aucun total

Opérateurs de l'État
les organismes financés par le budget — annexe du PLF 2026
431
Entreprises publiques
les participations de l'État — décret n° 2025-903
88
Organismes divers d'administration centrale
436 à 521 selon le mois — DGFiP
~500
Registre des personnes morales
tout ce qui a un statut public — SIRENE
95 951
Ces quatre nombres ne mesurent pas la même chose : ils répondent à la même question avec quatre définitions.

Aucune ne coïncide exactement avec une autre, mais elles se recoupent : une structure peut figurer dans deux listes, dans une seule, ou dans aucune.

L'Ademe est un opérateur et un établissement public industriel et commercial. France Compétences est classée « sui generis » dans l'annexe budgétaire — et « établissement public national à caractère administratif » dans le registre des entreprises. La même structure, deux qualifications juridiques. France Télévisions est une entreprise publique, et juridiquement une société anonyme.

Ces quelque 500 organismes divers déclarent 55 milliards d'euros de charges en 2023. Et leur nombre varie de 436 à 521 selon le mois : ils sont comptés au fur et à mesure qu'ils déposent leurs comptes.

Les mots du dossier
Opérateur de l'État : organisme qui reçoit des crédits budgétaires de l'État, en dehors des ministères.
ODAC : organisme divers d'administration centrale — une catégorie comptable, pas un statut juridique.
EPIC : établissement public à caractère industriel et commercial — une entreprise publique soumise aux règles publiques.
Sui generis : « unique en son genre » — une structure qui n'entre dans aucune case existante.

Pourquoi c'est le bazar

Ce n'est pas une dissimulation. C'est une absence de convention.

Chaque administration compte selon sa propre règle :

Quatre questions différentes. Quatre réponses différentes. Et aucune administration ne publie de liste consolidée.

Ce que ça empêche

Compter. Impossible de dire combien de structures publiques compte la France, ni combien elles coûtent au total.

Comparer. Un même montant peut être une subvention, un transfert ou une participation, selon la source.

Simplifier. Les promesses de réduire le nombre d'agences se heurtent à une question simple : lesquelles ? Il n'existe pas de liste unique.

Ce que ce chiffre ne dit pas
Comment on l'a calculé. Annexe opérateurs du PLF 2026 : 181 budgets extraits, 166 subventions identifiées. SIRENE, stock unité légale au 1er novembre 2026 : 30 280 224 personnes morales, dont 95 951 actives en catégorie publique. Nomenclature INSEE des catégories juridiques, niveau III, 260 codes. Décret n° 2025-903 du 5 septembre 2025. Publication mensuelle des ODAC, DGFiP.

À la question « combien l'État compte-t-il de structures ? », la réponse n'est pas un chiffre. C'est un constat : les données existent toutes, séparément. Ce qui n'existe pas, c'est le registre qui les réunit.

En voulant tout documenter par morceaux, l'administration a rendu le tout invisible.